L’afro-féminisme et la liberté de choisir

Crédit Photo: Sarah Laroche

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Belle pour une noire

“Impossible!” me diras-tu qu’encore aujourd’hui une telle bêtise persiste. Mais OUI girl…Trop souvent dans ma vie m’a-t-on rappelé que je n’étais pas juste belle. Non : j’étais belle pour une noire. Sous-jacent à ce “compliment” se cache l’assertion d’une opinion populaire inavouée, d’une perception biaisée et lourde de sens: les noirs ne sont beaux que lorsque leurs traits négriers se font discrets et s’effacent devant leur effort de ressembler à l’autre. Dur constat; je sais. Mais, with Me & U - insérer ici la voix de la tonitruante Cassie - je sais que ça peut changer.

Crédit Gif : https://giphy.com/gifs/cassie-angry-122HeyQ4fA3NVC

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Pour être enfin acceptée des autres, j’ai longtemps désiré devenir blanche, avoir de grands cheveux blonds, des yeux clairs et bleus, telle une princesse de Disney. 
— Vanessa Boudrias

On est toutes passées par là. On a toutes voulu être blanches. On a toutes voulu être blondes. Pourquoi ? Et bien parce que c’était ça être belle : avoir de longs cheveux droits, souples et soyeux.


Une transition de cheveux et de vie

Ça c’est moi, Cath Darbouze.  Crédit photo: Sarah Laroche

Ça c’est moi, Cath Darbouze.

Crédit photo: Sarah Laroche

Il y a deux ans, j’ai réalisé que mes cheveux faisaient la grève : ils ne poussaient plus. J’ai donc décidé, sous le regard sceptique de ma mère – que j’aime à la folie – d’arrêter la permanente défrisante et du même souffle, de cesser d’aplatir mes cheveux. Me voici aujourd’hui, avec un afro en dressage que j’apprivoise un peu plus à tous les jours. Fruit du hasard ou corrélation logique, mon parcours capillaire coïncide avec mon parcours professionnel. Ces mêmes pulsions qui m’ont poussée à quitter la profession d’avocate pour la sphère artistique, m’ont donné le courage de “transitionner” vers une crinière au naturel. En effet, c’est dans une quête identitaire, une recherche d’authenticité et dans un désir profond d’apprendre à aimer le “Moi” sans retouche que s’est enracinée ma transition capillaire. Je réalise aujourd’hui à quel point mon afro fait maintenant partie de moi, il est moi : indomptable et capricieux, ses courbes joyeuses à la fois coquettes et rebelles n’aspirent qu’à être elles; 100% elles. Boucles et bouclettes, dépendamment des jours, elles font à leur tête. Et c’est un peu ça la vie, à la fois belle et imprévisible.


L’afro : simple coiffure ou partie intégrante de notre identité ?

Apprendre à connaître et comprendre mes cheveux fut pour moi une expérience des plus “empowering”. En tant que femme noire, j’ai par ailleurs réalisé que le fait de les assumer au naturel venait avec son lot de conséquences ; des inconnus qui touchent à mes cheveux à des collègues plein de bonne foi qui me demandent si je vais aller plaider à la cour de même #FACEPALM. Le choix que j’avais fait, d’accepter mes cheveux dépassait, réalisai-je, l’arène de ma simple personne.

L’afro en 2019, est-il rendu chose banale ? Ou est-il toujours porteur de symbolisme? Intrinsèquement lié à la montée du mouvement des droits civiques afro-américains, l’avènement de l’afro dans les années 1960 n’est rien de moins qu’une rébellion contre l’idéal de beauté dominant : le culte des cheveux lisses. Le port de l’afro constituait avant tout un choix politique par lequel les afro-américains ont pu se réapproprier leur identité en plus d’exprimer leur fierté et leur conscience raciale. Autrefois étendard de la fierté noire, l’afro représente-t-il encore quelque chose pour les milléniaux de ce monde? Afin de répondre à ces questions, je me suis entretenue avec 3 afro girls qui ont bien voulu partager avec moi leur expérience et voici ce qu’elles avaient à me dire…

 

Ça c’est Vanessa Boudrias.  Crédit photo: Sarah Laroche

Ça c’est Vanessa Boudrias.

Crédit photo: Sarah Laroche

“Ma mère m’a toujours rappelé l’importance de mon individualité, que mes cheveux faisaient partie de moi et que je devais les assumer et en être fière.”

Pour Vanessa, ne promouvoir l’acceptation sociale que d’un seul et unique type de cheveux – droit de style caucasien – c’est de continuer à contraindre les femmes noires, et les femmes aux cheveux frisés de toutes origines, à utiliser diverses méthodes qui détruisent à la fois leurs cheveux et leur identité.  Elle porte l’afro non seulement parce qu’elle l’adore, mais aussi parce qu’elle est d’avis qu’il faut encourager la normalisation de notre beauté naturelle. L’afro constitue désormais une affirmation assumée et fière de son identité et de sa liberté. Son afro et ses boucles reflètent ses différents traits de personnalité, car comme elle, ils sont uniques, amusants, “kinky”, en santé, doux, confortables, exceptionnels, parfois tout mêlés, parfois resplendissants, parfois maladroits. Pour elle, le port de l’afro représente le retour aux sources et l’acceptation de soi.

“C’est d’assumer qui nous sommes réellement, dans toute notre splendeur et notre authenticité, et ce dans une société qui nous impose une image irréelle de la femme idéale.”

Ayant grandi dans une famille caucasienne, entourée d’amis et de collègues caucasiens, Vanessa n’a pas eu la chance d’évoluer dans un milieu lui permettant d’apprendre et de s’imprégner de la culture haïtienne. Pour elle, la meilleure façon de s’identifier à cette partie importante de ses origines est par le port de l’afro.

Ça, c’est Rama.  Crédit photo: Sarah Laroche

Ça, c’est Rama.

Crédit photo: Sarah Laroche

Quand elle se regarde dans le miroir, Rama réalise le chemin parcouru; de la petite fille qui rêvait d’être blonde aux yeux bleus à la femme noire qui assume ses cheveux, son nez plat et qui pourtant aime son reflet. Pour elle, son afro représente la fierté de ses origines, de sa culture et de son identité d’Afro-descendante. 

“Parfois, je me surprends à me demander lors d’une entrevue d’embauche si je dois m’attacher les cheveux pour réduire mon afro et ainsi mettre toutes les chances de mon côté ?  Et finalement, je me dis… Est-ce que je pourrais vraiment travailler pour une entreprise pour laquelle cela poserait un problème ?  La réponse est NON.”

Ça, c’est Sarah.  Crédit Sarah Laroche

Ça, c’est Sarah.

Crédit Sarah Laroche

“ Quand tu es jeune, tu veux ressembler à tout le monde… Ce qui est totalement le contraire aujourd’hui ! J’adore être différente ! ”

Pour Sarah, chaque afro étant différent, c’est dans cette différence, dans la singularité propre à chaque tête frisottée que s’enracine la vrai beauté.  Ses cheveux frisés la représentent à 100%  et la font sentir unique. Elle perçoit d’ailleurs dans chaque afro une rareté qui mérite d’être exposée.


Ben oui… Il fallait que je parle de ma girl Michelle!

Si tu doutais encore de la force du symbolisme de l’afro en 2019 et bien, permets-moi de pointer du doigt une femme incontestablement extraordinaire, l’une de mes idoles, the one and only : Michelle LaVaughn Robinson Obama. Réalises-tu que pendant les 8 années de la présidence de son époux, jamais – pas une seule fois – n’a-t-on vu Michelle arborer ses cheveux frisés au naturel. Pas une seule fois! Cet état de fait est non seulement frappant mais également lourd de sens. Est-ce à croire que le port des cheveux frisés par Michelle n’aurait pas été à la hauteur des standards? On peut le penser. L’équipe Obama n’a lésiné sur absolument rien pour briguer la présidence de la superpuissance mondiale. Michelle relate justement dans son mémoire que tous les choix qu’elle a faits, depuis le jour 1 de la campagne électorale étaient méticuleusement calculés, incluant d’ailleurs ses cheveux. En effet, en tant que première Première Dame Noire, elle savait que trop bien qu’elle n’avait pas le droit à l’erreur. 

Ce n’est qu’en Novembre 2018 que Michelle fera la couverture du magazine Essence et portera, pour la première fois dans la sphère publique, ses boucles naturelles, nous offrant ainsi un accès inédit à une facette d’elle-même jusqu’alors occultée. Et à la grande surprise de tous : she looked FIERCE!

Crédit photo: https://www.essence.com/news/michelle-obama-essence-cover-december-january/

Crédit photo: https://www.essence.com/news/michelle-obama-essence-cover-december-january/


Tout compte fait, ma discussion avec Vanessa, Rama et Sarah m’a profondément touchée. En elles, je me suis vue et en leur histoire reconnue. Et je suis sûre que je ne serai pas la seule.  

Enfin, c’est confirmé, l’afro en 2019 est bien plus qu’une simple coiffure. L’afro c’est un vent de liberté, un mode d’expression qui parle d’où on vient et de qui on est.

Je vous laisse en vous disant…

Mesdames, affranchissez-vous des carcans et des standards imposés. Soyez fière de votre tignasse. Droite ou frisée, lisse ou crépue, extensions ou pas, l’important c’est de faire un choix complètement libre et impitoyablement vous. 

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You do you BOO

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